Position "crapaud" .... les péjugés ont la vie longue!

ou.... "des avantages de la position "crapaud sur une grenouille""!



L'idée de retourner à vlissingen par cette journée qui se profilait ensoleillée avait eu pour effet de la sortir du lit, l'humeur rieuse.

A 10 heures, comme pévu, un homme de haute taille et de corpulence maigre était venu la chercher en moto Honda Vandero 1000.

Lors de l'échange de mails qui avait précédé ce rendez-vous, il lui avait assuré que ce modèle de bécane offrait le plus grand confort et était particulièrement adapté pour les longs voyages. C'est donc sans à-priori qu'elle avait pris place, prenant appui sur les cale-pieds et enjambant la machine.

Le moteur en marche, elle n'avait pas ressenti le choc de départ et ni n'avait joui du plaisir de laisser son corps goûter aux délices de la première accélération; comme elle en avait l'habitude avec la R1, cette moto qu'elle préférait à toutes.

Ensuite tout au long de l'interminable parcours de 2 heures (alors qu'un R1 elle n'en avait jamais assez, restant constemment en état d'attente de plus de sensations.... ), elle s'était sentie gagnée par la lassitude d'une conduite sans surprises, d'une monotomie presque insupportable !

Assise droite comme un "I" rigidifié, se tenant aux poignées latérales et à la force des bras essayant d'éviter les contre-coups de toutes les imperfections du revêtement des routes, se répercutant au bas de son dos, elle avait vécu l'inconfort radical de cette position assise comme une agression supplémentaire.

Non, mais franchement... comment les concepteurs de moto pouvaient-ils prétendre au confort d'une telle position, en "marteau piqueur" manquant de piquant; ou bizarrement n'offrant que celui de lui piquer "le coccyx" qu'elle avait au fil des minutes de plus en plus douloureux.... Et qui par ailleurs, lui évitait de carrément et paradoxalement... s'ennuyer.
Quelle partie de DEPLAISIR !

C'est donc plus que soulagée, ne pouvant s'empêcher un "ouf" révélateur, que complétement courbaturée elle s'était extirpée de la Honda Varadero!

Vlissingen... dans toute sa splendeur estivale l'avait sortie de son découragement à l'idée du retour.... pour l'instant elle s'était laissée envoûter par l'enchantement naturel du bleu d'un ciel sans nuages, et l'azur d'une mer d'un calme olympien... Ils avaient marché les pieds dans l'eau, bercés par le clappotis langoureux de vaguelettes leur caressant les orteils; offrant l'ovale de leurs visages à la chaleur bienfaisante du Soleil.
Cependant, sa franchise à lui confier à quel point cette randonnée lui avait été pénible; elle l'avait senti, ne lui avait pas plu... Et d'abord, il n'avait pas voulu la croire; puisque tous les fabricants de motos et les passagères unanimement se plaisaient à vanter les nombreux avantages d'une "assise droite"...

Elle avait objecter son malaise, l'inconfort, les pics de douleurs... la monotomie.... Il était resté hermétique à ses arguments... puisque "seule ELLE; ressentait ainsi.... contre tous et toutes...".
Etait-elle cette exception qui confirme la règle?
Elle qui adorait la position "Grenouille assise sur un Crapaud"
Le retour, après quelques collations prises à la terrasse d'un établissement offrant vue sur mer, s'était déroulé dans le même climat d'inconfort, voire de douleur, malgré le pull qu'elle avait glissé sous ses fesses.

A son retour; presque honteusement et du bout des lèvres, elle avait remercié...
Car enfin elle n'était pas de nature masochiste... or là franchement elle avait vécu cet aller retour à moto comme un chemin de croix, un réel calvaire.



Elle s'interrogeait pleine de suspicions et doutes quant aux informations des concepteurs et testeurs de moto.
Puisque la concernant, elle n'avait connu que la grâce charismatique de randonnées en R1 (ou autres Bmw sportive, Gxr S... en selle surélevée!) assise en crapaud!
Cette position lui faisait vivre des sensations extra-sensorielles proches de l'extase.
Couchée derrière le pilote et fendant l'air telle une fusée en état aérien d'apesanteur; propulsée à grande vitesse vers un ailleurs proche du lâcher prise existentiel. Toute parcourue de grands frissons à chaque accélération ou freinage; ondulant serpentairement au gré des inclinaisons de la machine.
En proie, cuisses serrées à la force d'attraction et de propulsion de l'engin... elle se sentait enfin vivre la vraie vie, dans un laisser rouler proche de l'apophatisme; dont on ne peut rien dire, si ce n'est toujours en deça d'une quelconque subjectivité, mais qui s'impose en tant que "nescience" des profondeurs numineusement obscures....





oups

j'erre l'âme en peine
à la recherche de moi-même
cet autre être (é)moi
Qui serait itou toi

Mes paupières doucement se resserrent
ma chair progressivement se dénoue et libère
Mon corps s'apesantit dans le sofa
délivrant mon esprit qui vole en éclat

Des étoiles luminescentes scintillent
en un océan cérebelleux nuit qui grésille
Et; rien, personne; plus même moi
Coeur vide, creux abyssal qui ne bat
d'une chamade qui cependant ne sonne le glas

Un cri sourd innonde le silence
comme surgi du profond d'enfance
Muettement il hurle à l'espace temps
Ce divin cosmos infini transcendant

Brutale implosion du cocon secrétant
la chrysalide du mot Amour s'évadant
Aspiration atomique aimantée
animée, inspirée, puissament acheminée

Vers un Ailleurs, lieu de la mutuelle reconnaissance
ce sanctuaire de la première et ultime naissance
Effort surhumain, je tend la main vers Toi,
la tienne s'étire de tout son avant-bras

Si proches semblent nos intimes retrouvailles
Fission vaincue par la passion fusion épousaille
Mais... qui? quoi? un choc
brise inopinément le rêve éveillé
Fracasse ma Quête dure comme roc
mes yeux recouvre diurne acuité
mes sens abandonnent l'ébriété

Songe, réalité ou douce folie ?
Intuition de toute une vie !

CAUCHEMARdesque : rêve ou réalité?

Un mal de tête ou plus vraisemblablement une abominable migraine la cloue dans le sofa. Oups, elle git maudissant ce crâne qui a pour seule utilité de la faire souffrir, tant ses neurones semblent se livrer un combat au marteau.
Chaque coup asséné résonne, provoquant nombre d'étincelles dont l'embrasement provoque un véritable incendie. Dès lors elle ferme les yeux et doucement laisse son être s'embraser et glisser inexorablement vers le sommeil.
Elle tourne, et de cercle en cercle, elle se sent aspirée dans un hors temps.
Elle est assise sur la selle d'une moto qui ne lui semble pas tout à fait inconnue. Reconnait-elle le motard qui pilote "la bête" dans un train d'enfer ? Le bonheur prend corps brusque, violent, éthéré, intense immensément bouleversant. Chaque accélération la chavire; chaque freinage la catapulte; chaque virage la déporte. Au paroxysme, alors qu'elle rêvait d'immortaliser la grâce de ce chavirement onirique; elle se trouve brutalement projetée au centre d'une discussion aux allures incontrôlables.
Un homme, le motard prétend qu'il l'aime, qu'il est tombé en Amour pour elle. Non, elle ne veut pas, elle ne se sent pas amoureuse, elle désire juste faire de la moto en sa compagnie!
Elle veut fuir, une main à la poigne virile la retient "Tu as besoin de moi, toi l'addictive compulsive...car qui, sinon moi, te mènera diaboliquement et euphoriquement par les routes sur une hypersportive, te permettant de combler le manque".
Elle résiste, il insiste. La scène prend une tournure cauchemardesque.
Il l'insulte maintenant "t'es qu'une pute, une salope, une profiteuse". Elle reste tétanisée par tant d'abjection. En un flash, l'amour a viré à la haine. Ensuite comme si cela ne suffisait pas, il passe aux menaces " tu vas rester avac moi, sinon, j'irai crier partout que tu n'es qu'une prostituée, que je te paie pour avoir des relations sexuelles. Les scandales cela me connait. J'imagine que tu n'as pas envie de perdre ton emploi ni que ta fille sache".
Devant l'énormité de la calomnie et du chantage, elle s'écroule! Alors il la relève et l'abreuve de mots édulcorés. Rêve-t-elle ? Ils reprennent la route. Là, ressourcée, elle oublie tout omnubilée par la seule passion motarde qui l'anime et lui permet d'oublier, lâcher prise.
Ensuite, arrêts sur images. Elle semble revivre les mêmes scènes en "repeat", sans pouvoir s'extirper de la situation infernale, comme prise dans un tunnel, un engrenage dangereux. Toute discussion véritable semble impossible avec ce mythomane, immature, mégalomane et paranoïaque; et qui pourtant semble l'Aimer.
Les stratégies de manipulation se succèdent alternant séquences de séduction, de "folie amoureuse", de générosité "motarde" pour mieux l''apitoyer et culpabiliser, suivies lorsqu'elle fait mine de vouloir rompre; de chantages aux "fausses vérités" délirantes. La succession persistante des messages paradoxaux semble révéler l'impossilité qu'il a de faire face à une réalité qu'il ne peut en aucun cas, ni admettre ni avaliser. Elle, cependant, hormis la moto, ne veut pas s'engager d'aucune manière dans une relation avec un homme aussi "caractériel".
Autre éblouissement, un écran d'ordinateur, un clic et une vingtaine de sites pornographiques! Dégoût, envie de vomir. Quel comble, un pornographe qui aimerait la faire passer pour une femme aux petites moeurs, projetant au dehors sa propre insanité!.
Ouf, cette fois un couloir, elle s'échappe. Va-t-elle enfin se réveiller ? Non apparemment, avec acharnement et surenchère le bourreau poursuit ses tentatives de dévalorisation, dénigrement, humiliation; qui alternent bizarrement avec des déclarations d'amour et demandes en mariage!
"Quoi" pense-t-elle; croit-il ainsi inverser les situations, se projetant martyr, se cherchant des excuses, pour garder le beau rôle.
Comme elle confirme la coupure; avec une énergie démésurée, il la harcèle, la bombardant de messages paradoxaux d'une violence inouïe pour la provoquer et déstabiliser; falsifiant la réalité et lui donner pour seule consistance la loi de son Désir délirant. Logique perverse qui connait la Loi mais la défie constamment, y trouvant la jouissance de la transgression qui lui permet d'exister et de "tromper la mort".
Quand il a perdu tout espoir de la "récupérer"; il "passe à l'acte" se contrefichant de la justice et narguant les flics. Faut dire qu'il connait bien les rouages et limites de ceux-ci... pour les avoir déjà testés !
Angoisse, nuit obscure et infernale ... Appel au Ciel et ses anges... pour lui, pour elle, pour éviter le Mal et s'en délivrer!
Lui répond, Satan, le lâche, qui tel un serpent persifleur, distille son poison; en toute impunité.
D'où leur viendra le secours?
Silence. Elle songe à un monde "Autre", une espèce de Paradis sur terre; où la Compassion, l'Amour, la bonté règneraient en "maîtres absolus".
Rêve-t-elle? Elle l'espère, y aspire de tout son coeur!
Rêve, réalité ? Jusque là "CAUCHEMAR" sans l'ombre d'un doute!
Puis, ce désir -onirique?- d'ouvrir les yeux, tendre l'oreille et se mettre à l'Ecoute....
"Foi, espérance, Amour"
Et.... constater soulagée, que ce n'est; que ce n'était qu'un horrible CAUCHEMAR!
TAKE CARE and ..... GOD BLESS you!

la Bête nous est revenue...

Comme tous les week-ends, ils avaient arpentés les routes, évitant les endroits trop touristiques, empruntant nénamoins autoroutes, mais aussi chemins de traverse. Elle dès qu'assise sur la selle de la Bête, dans un état de détachement vital, passagère motarde funambule de l'entre-deux des limbes... autorisant ne fut-ce que momentanément l'oubli...
Celui du traumatisme ressenti des mois auparavant!
Tant d'Amour ainsi bafoué, la confiance trahie.
En quelques instants tout son être avait basculé de paradis .... en enfer, peu après son mariage.
Pendant 10 mois ils s'étaient entre-déchirés, essayant de sauver jusqu'à l'épuisement ce qui pour elle et malgré tous ses efforts, ne pouvait l'être.
Ils se seraient probablement mutuellement tués; alors elle l'avait quitté.
Seule, ne pouvant plus déverser sur lui sa colère, elle avait retourné l'agressivité contre sa seule personne, s'enfoncant chaque jour plus encore vers cet innomable de la souffrance, ce naufrage incessant, en situation d'extrême impuissance; n'ayant trop souvent que les larmes pour affirmer l'inexprimable de ce déluge la submergeant sans discontinuer.
Des mois......, en proie à un désarroi semblant sans issue.
Puis, soudainement, et contre toute attente, épuisée très probablement par le poids de la douleur s'éternisant, le pardon s'était imposé lorsque à bout de force, elle avait dû renoncer à toutes vélléités de combat, y compris contre ses propres démons intérieurs; et, cette haine qui la rongeait, la désernégitisant infiniment.
Elle avait touché le fond de ce qui semblait être sans fond ni fondement, s'étonnant après coup de n'y avoir pas laissé sa peau et le peu de raison qu'il lui restait.
Elle s'était progressivement libérée du resentiment envers l'homme qui l'avait offensée; avait malgré lui dévasté son existence, et déchiré son être.
Face à l'irréparable, sachant que la mal avait oeuvré au point de la tuer amoureusement et peut-être relationnellement; irrémédiablement blessée, renonçante, ayant lâché tout ce qu'il est possible pour continuer à vivre malgré tout..... par le plus grand des hasards, un homme l'avait transportée à moto.
Sursaut ultime, déclenchement!
L'intensité des émotions survenant en surabondance et comme par enchantement, de manière totalement inattendue, lors de la première randonnée sur la goldwing rouge, l'avaient comme revivifiée intensément, remettant en cause ses "non" priorités.
D'un coup, comme magnétisée, elle avait repris goût aux petites choses de l'existence, grâce aux balades à moto.
Dès qu'assise sur la selle, l'irruption violente de la foudre s'abattait sur elle. Des éclairs la parcourant toute, un courant électrique l'illuminait de la tête aux pieds; et, comme un filtre magique la ressourcait lui permettant de lâcher-prise; laissant agir à son insu, la grâce tout autre a(i)mante de l'engin la chavirant et fluidifiant subtilement de cette énergie rééquilibrante .
Dès lors, obssessionnellement et compulsivement, se retrouver en position de passagère à moto, était devenu une idée fixe, la forçant à vouloir vivre .... d'autres ballades encore et encore; comme une priorité absolue, s'imposant elle et l'obligeant à trouver des motards compatissants.
Mais plus que toutes les autres, elle aimait cette yamaha YZF-R1 de 2001!
Et ce week-end, pareillement, comme une bénédiction, elle avait joui du simple BONHEUR de la chevaucher, roulant joyeusement par les routes. Déjà 14.ooo km parcourus sur sa selle en 4 mois! De quoi créer des liens, une intimité!
Le dimanche soir, pour regagner la ville capitale dans laquelle elle habitait, elle avait revêtu une tenue imperméable, car la pluie s'était mise à tambouriner en fin de journée.
Vers 20h30, comme d'autres fois, il avait garé la "bête" sur le trottoir d'en face; ce qui lui permettait de jeter régulièrement un oeil au dehors, dans ce quartier où les agressions en tous genres sont fréquentes!
Moins d'un quart d'heure plus tard, sa fille était rentrée, s'inquiétant de le voir lui, mais pas la Yamaha!
"Où est la moto?" avait-elle demandé
Il avait sursauté abandonnant le sandwich qu'il savourait, pour se ruer horrifié à la fenêtre, constatant effectivement la disparition du véhicule.
Son sang n'avait fait qu'un tour, il avait bondi, se propulsant dans la rue à la recherche hypothétique de quelques traces laissées par les voleurs, déambulant dans les rues adjacentes en état de choc traumatique!
Elle avait déchanté, lorsqu'elle l'avait vu revenir bredouille, serinant incrédule : "c'est pas possible! c'est pas possible... pas en 5 minutes !".
Quelle catastrophe, une perte inestimable ! Plus qu'une moto, une complice.
dispensatrice de tant de plaisirs.... une bombe! BOUM!
La police, avertie avait juste constaté la disparition, laissant peu d'espoir de retrouver l'engin dans ce quartier des Maroles où les vols sont monnaie courante, voire anodins. Si chance de la recouvrer il y avait, elle ne dépassait pas les 2 % .
Et cependant, l'éventualité d'une perte définitive leur était insupportable.
Exceptionnellement elle l'avait hébergé pour la nuit.
Il n'avait pas d'autres moyens de locomotion.
Instinctivement, elle ne cessait d'appeler "intérieurement" "au secours!" comme un cri sourd et muet jaillissant de son coeur meurtri !
Ne recevant pas de nouvelles des forces de police, au 2ème jour, après ses heures de travail, elle avait sillonné son périmètre dialoguant avec les habitants, commerçants et jeunes du quartier; tentant un éveil des consciences et un appel à la solidarité, n'attendant rien mais espérant tout, y compris l'inespéré!
Il lui semblait parfois entendre la "bête"! Fermant les yeux, pour la faire momentanément revivre, ses rugissements -cette fois plaintifs- la happaient, comme autant d'appels. "Où es-tu ?" Elle espérait qu'on ne la maltraitait pas (car finir en pièces détachées destinées à la vente...), ou qu'un pilote non chevronné la martyrisait, brutalisait... ". Reviens" pensait-elle frissonnante du désir d'elle.
Jusqu'à ce coup de fil ... 3 jours après le vol... où il l'informait que suite à un appel téléphonique anonyme, les flics avaient retrouvé la moto depuis peu abandonnée dans l'entrée d'un immeuble proche.
Elle se souvient de l'onde de Bonheur qui l'avait alors envahie !
Ses dialogues avaient-ils germés comme autant de semences portant leurs fruits? Sa silencieuse prière avait trouvé un écho? ... puisque la Bête leur était revenue...
Elle qui lui permettait lors de lâcher prise, d'oublier.... "oublier qu'on oublie pas"!

petit pépin....

Avant de l'entraîner à sa suite, il avait passé 2 heures à remplacer les bougies et reviser la moto, faisant les réglages nécessaires.
La moto avait été mise à rude épreuve, puisque même pendant les mois d'hiver ils n'avaient pas voulu renoncer au délices de la glisse, malgré la froidure, le gel, les intempéries et bourrasques en tous genres....
Ils avaient poursuivi inlassablement leurs balades chaque week-ends, et ce, quels que soient les avatars d'un temps capricieux en cette période hivernale...
Sur les routes ils n'avaient d'ailleurs croisé que très peu, voire pas d'autres motards....
Cette fois, en cette mi-février, c'est par temps sec, ciel dégagé et température agréable; le thermomètre affichant 10°, qu'ils avaient enfourché la R1.
Ce jour là, elle savait qu'elle pourrait jouir pleinement de la randonnée, puisqu'elle éviterait le désagrément de bouts doigts tout endoloris et transis par la conjonction des facteurs temps glacial et grande vitesse. Cette perspective lui donnait plus encore le désir d'évasion, de grands frissons.
Comme à chaque balade, dès qu'elle montait sur le superbe bolide et déposait la pointe de ses bottes sur les chromes des reposes pieds, chevauchant la selle passagère, se positionnant en grenouille, enserrant le pilote, serrant fort les jambes et se penchant fortement vers l'avant.... le même plaisir, toujours recommencé, jamais rassasié; la surprenait.
Dès qu'il faisait tourner la clé de contact, et que "la bête rugissait" lors de la première accélération et aux premiers tours de roue; elle se sentait propulsée divinement heureuse, vers un ailleurs motard innomable, incommensurable.... une merveilleuse "déprise" à nulle autre pareille.
Instantanné fougeux, privilégié qui dope le moral et sacralise l'exultatation des forces vitales.
Hier encore, à folle allure, il l'avait emmenée au Val Joly; splendide espace vert et lacustre méritant sans conteste son appellation.
Aujourd'hui, il lui avait proposé un "classique" : sillonner les entrelacs de la vallée de la Molignée. Chemin faisant, il lui avait suggéré un arrêt dans la ville d'Adolphe Sax... Mais elle, trop à la Joie évasive des routes sineuses en communion avec l'hypersportive menée diaboliquement par le pilote boostant continuellement l'agressivité sidérante de la R1 - YZF -cette belle raffinée Yamaha, actuellement la plus puissante de sa catégorie; avait de loin préféré poursuivre l'énergique énergétique course, pour dépasser Dianant au plus vite.
Direction la France! Toujours à ce rythme musclé et ensorcellant, alternant mordant des freinages et accélérations brutales, dans un délire de sensations vibrations émotions à lui couper le souffle. Et ce sentiment poignant en état de légéreté et d'allégresse, d'arrêter le temps et suspendre l'espace, dans l'extrême de l'oubli.
Un incident, cependant était venu ternir le périple. Un déclic, suivi d'un soubressaut; l'arrêt subit de la machine, un mètre plus loin au beau milieu de la chaussée; suivi du pénible constat : la chaîne de transmission gisant sur le revêtement goudronné, à même le sol.
Fichtre! ils avaient contrits été forcés de garer la moto sur le bord de la route, arrêtés net; inexorablement soumis aux aléas des contraintes mécaniques.
Que faire? Elle avait alors consulté l'horloge de son Gsm qui affichait 16 heures. Ils se trouvaient alors à hauteur de la gare de Beauraing.
Pour sûr, la Madone, patronne de la ville, ne les avait pas vus venir, et n'avait donc pas pu leur éviter ce désagrément! A moins que sa providence ne leur ai épargné pire encore ? Sans aucun doute, une chaîne de transmission qui casse à haute vitesse peut-être catastrophique pour le carter, la carénage... Zut, alors!
Par cet agréable après-midi, beaucoup de motards "du dimanche" sillonnaient les routes rutilants sur leurs motos astiquées et scintillantes sous les rayons du soleil. Pour ce premier jour de beau temps, ils avaient sortis la bécane du garage et paradaient seul ou en bandes. Les voyant immobilisés sur le bord de route, lui accroupis cherchant une solution, elle se plaçant dans la lumière... ils n'avaient rien trouvés de mieux que de leur adresser un sympathique mais hypothétique "salut" de la tête ou des bras, ne songeant nullement à leur porter secours, contredisant de la sorte l'assertion légendaire d'une pseudo solidarité motarde... quel comble avait-elle pensé.
Bien entendu, elle comprenait, mais quand même...
Enfin, ouf... l'un deux s'était arrêté. Il ne possédait pas dans son kit de secours le maillon salutaire, mais il avait promis de revenir en voiture avec la pièce manquante.
Peu après, un couple d'une cinquantaine d'année, roulant en Honda Repsol avait fait halte, s'enquérant du "soucis".
"A deux, c'est mieux" avait affirmé l'homme en ôtant son casque et proposant ses services.
Ils avaient besoin d'outils. Elle avait emprunté limes, burins, pinces, marteau auprès d'un habitant du coin bienvaillant. qui ensuite, il lui avait pareillement prété un sweet shirt, car le soleil déclinant elle avait ressenti le froid, s'installer sous sa veste de cuir.
D'ailleurs pendant que les hommes s'attelaient à enlever la pièce en acier défectueuse, ce qui s'était relever plus difficile que prévu, les deux femmes étaient allées se réchauffer dans le bistrot d'en face devant 2 cafés, papotant moto.
Pendant ce temps, ils avaient refixé la chaîne, y compris à la courrois de transmission, mais avec un maillon de moins, ce qui avait pour conséquence de la rendre plus tendue, et dès lors plus fragile. Elles les avaient retrouvés tout noir de cambuis, s'activant toujours.
Enfin vers 19 heures, ils avaient poussés un gros soupir de soulagement assorti d'un élan de contentement, celui d'avoir pu réparer la chaîne. Opération mécanique qui n'avait pas été aisée. Et qui se serait surcompliquée, la nuit tombant.
L'automobiliste était arrivé avec la pièce. Trop tard. Enfin; pas tout à fait !
Il est important de savoir que certains êtres humains, même s'ils sont peu nombreux, peuvent faire preuve d'empathie; et agir enver et contre tout, comme ce qu'il considèrent devoir faire, en dépit du "sacrifice" d'une balade, la perspective de mains sales, de vêtements tâchés; et ce sans autre récompense que des paroles de remerciement, accompagnées de sourires.
Simplement pour la beauté généreuse d'un acte gratuit se suffisant de cette unique gratification.
Merci à eux. Mille fois merci.

Transport vers la LUMIERE

Plaqués l'un à l'autre, penchés vers l'avant et fendant l'air, plutôt frisquet en ce jour d'avant Noël, réunis par une passion commune, c'est vibrant à l'unisson sur l'engin MOTO qu'ils avaient rejoint la Zélande.
En cette période de l'année, peu de motards s'aventuraient sur les routes. Elle le savait et c'est donc avec reconnaissance pour ce motard "tête brûlée" qu'elle se laissait pour l'heure, entraîner en quête d'horizons neufs et insoupçonnés!
Elle venait de terminer la lecture du "Testament de l'Ange" de G. Mallaz. Il suffisait donc de DEMANDER, y compris l'impossible, pour recevoir...
Cette audace, elle en avait épuisé toutes les facettes. Et finalement la puissance de sa voix intérieure profonde exprimant son ultime désir, n'aboutissait qu'au néant, un vide la réduisant à l'impuissance avec pour seule consolation la possibilité du renoncement.
Elle revendiquait le droit à l'imperfection. Mais, renoncer pour une personne dotée d'un "surmoi" féroce et vorace, comme le sien, relevait de l'épreuve de force. Et souvent elle épuisait son énergie pour lutter contre la "des...épérance".
Alors pour lâcher-prise; comme d'autres prient, méditent, achètent, boivent ou se droguent... elle, dans un laisser aller - rouler, se laissait emmener; proche du dénument psychosomatique total, vers un détachement qui par vagues successives la dépossédait toute; anéantissant toutes perceptions des sens. Alors que paradoxalement de ce Rien, surgissait le Tout. Cette extrême étincelle qui étrangement incendiait son non-être !
Elle s'était progresivement habituée, au cours des dernières balades avec cet "as" de la conduite sportive, à sa manière "sauvage" de piloter. Elle pouvait presque maintenant anticiper ses réactions avant leurs surgissements.
C'est donc sans peur qu'elle lui confiait "sa vie", confiante et sans appréhension de la mort. Jouant avec l'une pour mieux sacraliser l'autre, dans un mouvement de balancier magnifiant l'éphémère pour lui donner un goût d'éternité.
....
Ils avaient garé la Yamaha R1, au bas d'un large escalier qui menait directement à la Mer.
Elle affectionnait Vlissingen. Son joli port, ses rues piètonnières, sa digue, ses longues plages de sable fin, et son avancée sur la mer; là où le vent venait murmurer ou hurler son chant au travers de buses pour les mêler à la turbulence de l'océan se confondant à l'horizon avec l'immensité du ciel.
La marée basse lui avait permis de s'assoir sur le sol gondronné au plus près de l'eau venant battre la chamade contre le bord de cette estacade; laissant entendre dans ce va-et-vient, une douce mélodie, qui faisait chavirer son coeur.
Au loin et comme inaccessible, une grosse boule jaune orangée trônait parmi des voiles ouatés. Astre irradiant sa lumière, malgré la toile de fins nuages bleutés; dans les airs et à la surface onduleuse de la mer; la réflétant comme un joli miroir.
Comme hypnotisée par tant de beauté ainsi déployée devant ses yeux incrédulement émerveillés, elle s'était dans l'oubli du temps, engourdie assistant tétanisée -y compris par le froid ambiant - à un superbe et surprenant coucher de soleil.
C'est presque à regret, mais le bout des doigts complètement endoloris et surprise par cette soudaine obscurité, qu'elle s'était relevée pour rejoindre la digue toute proche.
Pour se réchauffer, peu de temps après, ils avaient bu des tasses de café dans une taverne chaudement décorée de nombreuses guirlandes clignotantes, de petits pots de sapins nains ornés de boules multicolores, de bougies dorées à la flamme de laquelle elle avait rapproché ses 2 mains rouges toutes gelées. Là assis en silence, elle s'était un peu réchauffée et avait accumulé de l'énergie avant de retrouver la selle de la moto.
Vers 19 Heures, il avait repris la route -direction Anvers-.
Une autre surprise l'attendait. Vibrante de sensations motardes, les sens exacerbés, levant les yeux au travers du casque vers le noir des cieux, elle s'était sentie illuminée par la toute blanche et pure luminosité de cette pleine lune, qui s'offrait à les guider comme leur ouvrant une voie de clarté et d'éclat. Toute cette lumière, comme une lyre, se déployait en elle pour la transporter plus encore.... vers un ailleurs sans nom ni consistance.
Tant de splendeur ... c'en était trop... Perdant tout contrôle, elle n'avait pas pu retenir les larmes qui avaient coulé de ses yeux se répendant sur un visage, qu'à cette vitesse et au travers de la visière; elle n'avait pu essuyer.
... Par cette expérience de l'éphémère, elle avait goûté à l'Eternité! Ne fut-ce qu'un court moment.
Cela avait-il un sens?

à suivre....

Elle n'avait plus d'autre aspiration que celle de se retrouver assise en crapaud sur la selle d'une moto. Chevauchant un bolide hyper sportif en compagnie d'un pilote tendrement sauvage et chevronné l'emmenant par les routes pour de folles courses, dont l'intrication pulsionnelle suraigue, distillerait en ses veines de fortes concentrations d'adrénaline et d'endorphine.
Dans l'entre-deux de balades, elle végétait en proie au manque et à la difficulté qu'elle éprouvait à surmonter l'épreuve de ce vide de sensations motardes; se constatant en état de frustration pénible.
Elle, la passionnée ne pouvait se contenter que d'excès à l'état pur. Cet état paroxystique qui aveugle, assourdit et anéantit la psyché somatique; et qu'elle avait appréhendé à plusieurs reprises à moto; s'arsouillant, ivre quasi morte et cependant accédant à la vraie vie, la seule qui vaille.
A SUIVRE......

Petites morts motardes ... si pleines de vie

Où donc se cachait celui dont elle n'osait même plus rêver, ne fût-ce que pour qu'à chaque réveil, un sursaut de frustration ne vienne pas l'aggripper ou la gripper; pour le reste de la journée.

Existait-il quelque part un homme, un alter Ego, celui dont elle avait plus que besoin, "nécessité", pour être une femme à part entière ? Un être qu'elle n'aurait pas choisi, puisque c'est lui qui viendrait à elle, lors d'une rencontre marquant la re-con-naissance, comme celle de 2 atomes qui s'attirent dans un espace temps intemporel, et s'accrochent l'un à l'autre par affinité élective; comme prédestiné par un destin, hors choix.

Actuellement dans son existence, le plus fréquemment, elle se ressentait, comme absente; ayant conscience d'être là chez elle, parmi ses élèves ou avec d'autres individus. Mais était-ce bien elle qui respirait, souriait et assumait; ne sachant trop comment, ni pourquoi le quotidien, comme une automate, mue par des réflexes conditionnés.

Parfois, les livres l'aidaient à ne pas mourir, mais était-ce cela vivre ? et comment parvenait-elle à survivre sans amour? Inconsolable, elle végétait dans un néant passionnel sans passion; elle qui ne pouvait advenir que dans l'intense émotionnel relationnel.

Plus de 2 ans déjà que le cours de son existence heureuse et prometteuse de félicités avait dramatiquement basculé, un 9 août.
Un raz de marée, un effondrement l'avait anéantie lorsqu'elle avait compris qu'IL avait tout salit, détruit à son insu. Elle s'était écroulée, enselevie par un flot de douleurs la submergeant constamment par vagues ininterrompues. Quand ce n'était pas des coups qu'il lui assénait pour qu'elle ne le quitte pas.
Comment ne s'était-elle pas noyée dans cet océan de chagrin, déversant chaque jour un torrent de larmes intérieures, souvent si proche de l'implosion.
Elle ne comprenait toujours pas comment elle avait survecu à ce déchirement, cette évanescence de tout son être. (...)
Seule la moto, la consolait de son inconsolabilité.
Elle avait depuis quelques mois renoué avec ce plaisir de jeunesse. S'étant laissée emmenée par les routes, les sens en déroute sur une goldwing bordeau.
Depuis comme une droguée qui a besoin de son produit à dose addictive, elle ne retrouvait ce sentiment de vivre pleinement, que lorsqu'elle se trouvait assise à moto derrière un homme qui l'entraînait en balade.

Elle avait rencontré un motard liégeois, qui pendant 2 mois l'avait fait voyager en France, en Zélande, et en tant de superbes coins en Belgique; faisant chavirer ses sens et même un peu son coeur. il lui avait permis d'assouvir sa soif d'évasion motarde sans toutefois l'étouffer. Au contraire, chaque randonnée avait éveillé le désir d'une autre, comme un désir se sustentant à son propre désir, jamais rassasié mais creusant le manque; ne fût-ce qu'à l'évocation des souvenirs et des sensations fortes étant intimement et irrémédiablement liés.

Depuis elle acceptait chaque proposition qu'un motard lui faisait. Se découvrant comme "accroc" ou pire, comme une toxicomane, qui lorsqu'elle ne consomme pas, se consume dans une attente interminable et proche de l'insupportable. L'accoutumance resserant toujours plus étroitement le lien à la dépendance.

Elle avait ainsi découvert une jouissance autre, celle que procure le plaisir de la glisssante ivresse, vibrante de sensations motardes qui la remplissaient d'un Bonheur instantanné dans un corps à corps non amoureux, roulant à l'unisson, consolation ultime, avec des hommes épris tout comme elle de cette déprise et dépossessive évasion, de mini-trip sur 2 roues.
Plus que tout, elle affectionnait la toute grand vitesse; les accélérations brusques, rapides et soutenues; les freinages secs et le virages hyper penchés; se sustentant des excès lorsqu'ils surgissaient, rarement il est vrai, en abondance.
Sans peur ni appréhension, mais dans un lâcher prise proche de l'abandon, elle adorait ce type de conduite hyper sportive qui lui procurait dans tout le corps des spasmes de grands frissons qui faisaient chavirer son âme; l'envoyant dans l'oubli intemporel, d'un ailleurs innomé et insoupçonné.
Un récent après-midi..... (...)
D'emblée une onde de mieux-être l'avait envahie pénétrant toutes ses artères y diluant une chaleur irradiante la transfigurant très probablement. Contre toute attente, cet homme au physique "pépère" sur cette bmw r 1100 s l'avait subjuguée, épatée lui faisant savourer au travers de tout un pannel de situations, à toute la gamme des émotions fortes.
Ils avaient cheminés en ville, se faufilant adroitement entre les voitures avec doigté et souplesse, dépassant allégrement, accélérant subitement pour s'arrêter au feu tout aussi subtilement. Sur les grands reoutes et autoroutes, il avait poussé l'obéissante bécane à plus de 24O km/h, l'obligeant à se blottir plus encore contre son dos, dans la position "lovante" de la grenouille, s'aggrippant par les mains, le collant, jusqu'à avoir la sensation de ne plus faire qu'un; réunis en une communion de moto, épiphanique.
Se défoulant sur les petites routes sinueuses de campagne n'autorisant que 50 KM, mais les dépassant sataniquement; poussant fréquemment la bécane, jusqu'à des pointes paroxsistiques de 120, lors d'accélérations et décélérations entraînant une série de spasmes épidermiques, la secouant toute de grands frissons à l'intérieur.
A cette allure, le moindre incident ou imprévus aurait entraîné la mort; mais elle n'en avait cure; elle qui se vivait morte survivante au chaos de sa non vie. ...... Alors, sur ces routes tortueuses, vivre à répétition ces "grandes petites morts ... si pleines de vie" par l'intensité des émotions de bien-être profond ressenties, c'était comme revivre ou plus exactement vivre réellement, pleinement, absolument.
(....)
Les paysages défilant à un rythme irréfreiné et quelques fois violents; ses yeux avalaient en des regards furtifs, la beauté prodigieuse de l'automne naissant déployant le faste de ses couleurs dorées chatoyantes. Sa gorge humait le parfum du flottement des branches d'arbres sentinelles dépassés, augmentant la force du souffle de sa respiration déjà en halaine par l'ivresse surgie de la fascinante vitesse. Dans les près verdoyant de rosée, des vaches hiératiques broutaient paisiblement l'herbe tendre. Les ruisseaux poursuivaient tout comme eux leur course folle comme un défi au temps qui trépasse. Toute cette splendeur la ravissait presque autant que leur orgiaque envolée motarde.
(.....) A Beloeil...
(...) Le retour vers Bruxelles s'était poursuivi dans la même intensité et variété d'émotions profondes. A nouveau, elle avait joui à répétition de "petites morts ... si pleines de vie" en complète harmonie avec ce conducteur hors pair et l'engin mené ainsi ... à train d'enfer!
MERCI Yves.

la panne "sèche"

Ils avaient repris la route, après l'émerveillement de la promenade au Val Joly. L'urgence s'était faite de plus en plus pressante de trouver rapidement une pompe à essence. Or, aucune en vue, par les itinéraires empruntés.
A un moment, après quelques étranglements ultimes du moteur; l'arrêt avait été total, définitif! Ils s'étaient retrouvés le réservoir vide, en "panne sèche", près de Beaumont. Il avait rangé la moto, sur le bord de la route nationale française.
Alors qu'il râlait, honteux de s'être laissé prendre de cours; elle en avait profité pour s'allonger sur l'herbe tendre, offrant un tapis généreux et théapeutique, à son dos endoloris par les kilomètres sur cette Harley, peu prévue pour les duos, ou alors du genre "occasionnel".
Lui s'était placé bien en évidence espérant du secours. Il n'avait pas fallu atendre plus de 10 minutes pour qu'un motard ne s'arrête pour venir aux renseignements.
Après quelques explications, comme il habitait à quelques kilomètres, il était allé chercher un géricane. Entre-temps, un autre camarade avait fait halte. Il avait craint comme il l'avait vue étendue de tout son long, la tête reposant sur son casque qu'elle ne soit souffrante ou accidentée. Elle l'avait d'emblée rassuré. Ensuite ils avaient "taillé une bavette" pendant que son compagnon et le motard secouriste n'aille remplir le bidon à la station service la plus proche.
Ils avaient ainsi pu vérifier que cette camaraderie de route entre motards n'était pas seulement un mythe sans fondement, mais bien réelle; et le soutien spontanément et gratuitement offert s'était révélé plus que bienvenu; réconfortant!
Ils avaient remercié. Elle avait ajouté : "que Dieu vous bénisse". Le "bon samaritain de fortune avait répondu, avant de reprendre son chemin : "qui sait, c'est peut-être lui qui m'a placé sur votre route...". Elle n'avait su qu'ajouter; alors elle avait fait un beau, grand et large sourire à cet homme qui s'était trouvé là au bon moment et s'était arrêté pour les secourir; juste pour la beauté du geste!

Merci à lui.... cet anonyme compatissant. Oui .... merci.... vraiment.

Auprès de son Arbre

Un jour, le front brûlant, les joues glacées, les orbites perdues dans le vague d'une brume opaque, passant les mares n'y prêtant aucune attention et poursuivant presque endormie le sentier sablonneux mille fois déjà emprunté; l'âme chavirante de désespérance et le coeur battant la chamade, mélancolique... pourquoi? Oui pourquoi, dans ce brouillard de panade et de fin de l'espérance, et comment a-t-il surgit, lui et pas un autre, de nulle part et pourtant là depuis des lunes, imposant toute la sagesse de son tronc gigantesque trônant au zénith radieux, rayonnant; si contrastant avec sa mine à elle, tant grise et noire.
Quel phénomène, quelle force, les ont-ils fait se rencontrer ? Onde de choc, bouleversement, ravissement.
Soudainement, ses pas avaient été comme aimantés par un pouvoir d'attraction incontrôlé. Ses yeux recouvrant leur acuité, son visage se pacifiant et retrouvant apparence sereine; elle s'était sentie envahie d'une chaleur bouillonante de joie innocente. Elle avait vu ses bras ballants se lever à l'horizontale et pointer l'Arbre. Ses yeux avaient reconnu l'appel de ce roi courronné sans couronne, comme par un sens inné lui dictant de répondre et croire en l'inexplicable indubitable, de cette élection mutuelle.
Voulant l'honorer, et comme instinctivement; elle avait posé la main droite sur son sein à la place du coeur; puis par dessus celle-ci la main gauche, pour ensuite les déplier en un geste d'ouverture avant de les lever au ciel vers la cime de cet arbre à l'allure si puissante, et accueillante, qu'ainsi elle re-con-naissait pour sien. S'abandonnant dans une expérience d'union intraduisible en mots, et dont seules les larmes, langage humain de la source la plus profonde de l'Etre, peuvent approximativement rendre compte.
Approchant la bouche de l'écorce rugeuse, elle avait posé ses lèvres pour un premier baiser chaleureux. Ensuite, prenant appui sur de fortes racines saillantes parcourues de mousse vert et tendre, elle avait enserré ce tronc majestueux brun grisâtre, murmurant à l'élu dans un chuchottement presque inaudible "comme tu es beau, droit, fort, puissant... et moi si frêle et fragile"! Le flot de larmes qui avait jailli alors en surabondance, avait comme unifié sa joue délicatement posée aux rayures brunâtres, en un même baptème épiphanique.
Moment de dialogue intense innénarable, innefable, mais à jamais inscrit en son centre; quintescence de voies parallèles intérieures réunies en un même silence parlant.
Après un moment dont elle ignore la durée, elle avait progressivement comme repris conscience du temps et de l'espace, en marchant à reculons le visage tourné dévotionnellement vers celui qu'elle considérait désormais comme "son" arbre. Non, qu'elle veuille l'acquérir, ou le mettre en un enclos; non... cela n'était pas nécessaire, puisqu'il l'avait non pas choisie mais retrouvée et élue, autant qu'elle l'avait fait. Si lien il y avait, il était d'un autre ordre, celui de la reconnaissance infinie etéternelle.
........... Désormais; elle qui n'était qu'humaine créature revenait inlassablement auprès de lui chercher réconfort et plénitude, faisant de lui le confident de ce rêve qu'elle lui confiait sourdement plaquant son corps devenu serpentaire à même l'écorce le serrant et caressant du bout des doigts posant le visage, yeux fermés, bouche entre-ouverte, se recentrant en un centre qui les rapprochait sensuellement, parcourue de frissons, l'entre-jambe s'humidifiant honteusement. Elle lui transmettait ce désir caressé d'être aimée par l'Amour sans rime ni raison, n'espérant ni amant ni mari mais un homme capable de partager cette passion pour en faire non pas une histoire banale ou bancale... mais une ode à célébrer et entretenir chaque jour avec enthousiasme et foi; consciente que la passion ne rassasie pas, mais au contraire donne soif...

l'accident

Un Homme, la cinquantaine était venu la chercher à son domicile, en ducati rouge, couleur qu'elle affectionnait plus qu'aucune autre car évoquant la passion. Celle qu'elle désespérait de partager un jour avec un alter Ego.
Assise en crapau, position lovante qu'elle préférait, ils avaient rejoint le reste de la bande de motards, empruntant les boulevards de la capitale.
Après quelques mots échangés, elle avait changé de partenaire et de moto. C'est sur la selle d'une BMW, que la balade s'était prolongée dans les Ardennes.
Sillonant les petites routes, il lui arrivait de relever la visière de son casque pour humer la senteur des sapins exponentialisée par l'humidité de l'air, mêlée à celle des feuilles automnales tombées au sol et recouvrant l'asphalte d'un tapis brunâtre et particulièrement glissant. Ses yeux avalant l'irradiance des fragiles rayons de soleil se déversant dans les champs fauchés, se profilant sur les murs des bâtisses, ou sur les clochers des nombreuses églises dépassées. Son âme planant rêveusement comme les oiseaux qu'elle observait admirativement; volant gracieusement, les ailes dépoyées dans les cieux en de grands battements silencieux.
A certains endroits la chaussée était bosselée ou trouée, ce qui demandait au conducteur doigté et vigilance. Plus que tout elle appréciait la vitesse, les accélérations brusques, et le sentiment de liberté qu'ils lui amenait dans le corps, qui était comme aspiré à partir de la chute des reins faisant vibrer ses sens en déroute. Tout doute semblait dissipé, tant elle se vivait dans un ailleurs ascentionnel non conventionnel, en proie aux frissons de la déraison.
Envahie de bien-être, coeur et corps intimement mêlés dans un apaisement passager, chevauchant à l'unisson d'une ivresse abstinente, d'une beuverie sans alcool, anatomiquement hâpée et les pensées vagabondant dans une euphorie aperceptive.... elle ne s'était rendue compte de rien... absolument ... elle n'avait pas ressenti le choc ou l'effroi de l'accident.
Etonnée, elle s'était vue allongée sur le sol, se demandant si c'était bien son être chair qui gisait là tout à coté de la moto renversée!
Oui... cela lui avait été confirmé par le secours apporté par les autres motards, et d'abord son compagnon de route, venu s'inquièter et lui tendant le bras pour l'aider à se relever, des yeux la questionnant.
Elle avait constaté la souillure de son jean's, les erraflures dans sa veste de cuir motarde renforcée... tandis que lui avait comptabilisé les dégâts sur le bolide à deux roues...
Les valises leur avaient probablement évité le pire.... à moins qu'un ange "gardien" les ait protégé d'un désastre imminent et sanglant, ou ... que la mort ait décrété que l'heure du trépas n'était pas à l'ordre du jour.
Qui sait ? Elle, au moins, était consciente que pour l'essentiel, elle était dans la docte ignorance, et encore; pas celle des sages.
Ils avaient ensuite repris la route sans appréhension ni crainte.... A nouveau elle s'était laissée emmener par monts et vaux le coeur léger, ressentant seulement de ci de là, une douleur à la jambe.
Ce n'est que rentrée chez elle, qu'elle avait en ôtant son pantalon, constaté que de la hanche au genou la surface de sa peau était bleue, et qu'à l'encoignure de ce dernier, elle avait abondamment saigné.
Nostalgiquement, elle s'était rappelée comme son mari défunt, l'avait amoureusement, lors d'un déménagement, appelée "ma stroumphette"!
Depuis, et malgré cet incident de parcours, elle espérait encore d'autres balades à moto.
Car cet accident n'avait en rien entamé le Désir ...qu'elle avait de se retrouver les sens en déroute, sur la selle d'une moto, parcourant les routes....

Au Père Lachaise

.... Ils avaient garé la moto d'emprunt, pas trop loin de l'entrée principale de ce vaste dédale piétonnier dédié aux momunments funéraires parfois forts anciens. Sans porte bagage, ils avaient trimballés leurs sacs respectifs, durant les 2 ou 3 heures passées là dans l'oubli du temps .
Elle s'était d'emblée sentie comme chez elle dans ce cimetière, le plus vaste de la ville de Paris et connu dans le monde entier.
Bizarrement dans ce jardin d'Eden dédié à Thanatos, parmi les grands arbres déployant leurs branches en de magnifiques parasols, les parterres de multiples fleurs aux essences parfumées et colorées; les allées ombragées, les sépultures sculptées grandioses ou les simples tombes, vestiges d'existences rattrapées par la grande faucheuse à laquelle nul n'échappe; loin de toute macabrerie , elle était habitée par une sérénité béate transfigurant son être.
Dans cet immense parc verdoyant, peuplé d'âmes défuntes et de visiteurs déambulant tout comme eux dans cet entrelac de sentiers; elle ressentait intensément le goût de la vie, et son appel la vivre ntensément avec tous ses sens. Ici, dans cet antre de paix, ils semblaient s'épanouir comme instinctivement, à fleur de peau.
Ses yeux avalant la beauté irradiante de la Nature déployée, ses mains aimantées touchant les pierres lisses, les écorces brunes ou olivâtres, rugeuses ou granuleuses, se laissant à caresser les feuilles palmées ou dentellées, effleurant du bout des doigts la courbe des statues nombreuses, embrassant à l'occasion la bouche du Christ, son maître à penser.
Ses narines frémisant de plaisir, humant parfums floraux, senteurs aromatiques mêlées, saluant l'un ou l'autre défunt, déchiffrant avec émotion les messages ultimes laissés par les survivants à leurs chers défunts, lisant dates ou se laissant bercer par la candeur poétique de certaines épitaphes, envahie par la douce quiétude . Les oreilles auxabois écoutant le concerto de gazouillis d'oiseaux virevltant parmi les ombres fantômes de branches ondulant au gré de la lègère brise, rafaîchissant leurs corps vagabondant sous l'oeil averti de sieur Soleil rayonnant sa félicité chaleureuse.
Son âme individuelle semblait comme aspirée et diluée par tous ses pores, dans l'âme collective de ce microcosme; où vie et mort semblent se confondre, l'une appelant l'autre à interagir subtilement par un rappel incessant transcendant l'infinie finitude de notre condition humaine ouverte sur l'absurde beauté éternelle dans un perpétuel mouvement de balancier homéostasique, comme dans un jeu de miroir mystérieusement magique aux voix insondables, presques inaudibles qui se répondent par des voies inconnues d'autres bouts de monde, peut-être parallèles......
...... A suivre....

Que sont les petits mouchoirs en dentelle devenus ?

Amoureuse de l'Amour, je m'interroge.
Notre époque semble privilégier les relations "mouchoirs kleenex" et les autres interchangeables dans lesquels on éjacule comme on se mouche, on gicle, on se déverse, renverse... pour ensuite, s'essuyer après emploi;
Puis que l'on jette à la poubelle, fourre tout de foutre.... rien à foutre;
songeant déjà au prochain petit morceau éponge qui absorbera la semence de toutes nos défaites, nos manques et obsessions
Vivre avec tous nos sens insensément, et... donner un parfum d'éternité à certains instants d'intenses plénitude... les pieds sur terrre mais la tête tournée vers les étoiles... Astre(s) d'un possible destin... ouille si dés-astre !
Et ces cris... muets, déchirants, auquel même Dieu, s'il Est, reste sourd. Aurait-il un coeur de pierre?
Que sont les petits mouchoirs en dentelle devenus?

Espére, inespéré.... désespéré... souvenir de juillet 2007

"les yeux bleux tristes, tu vins à moi
Et.... motardement en Zélande me mena

Sur la longue plage de sable fin
les pieds dans l'eau, humant l'air marin
Moi l'âme rêveuse en quête d'amour
toi, carapacé, t'en défendant... au secours!

L'Ardenne et son chemin de coix, où tu me transportas
après un échange de mails... et tes éclats.
Zigzaguant par les routes,
Insensément, les sens en déroute
Toi le coeur panique vibrant de doute
En proie "pas nique" voudra, voudra pas en août?

Moi, perplexe, avide de sensations moto
proche sur la selle, à terre pas trop!
Déambulant par mont et vaux au gré des kilomètres
Toi, déboussolé, me projetant "girouette"
Ta gentillesse, tes crises de "jalousie", d'ours mal léché
Et cependant, cette camarade complicité

Ton empathie; ta générosité spontannée
Pour moi qui ne t'ai rien demandé ... de m'y emmener
Paris, le Père Lachaise, Héloïse... mon voeu
Et... ces deux jours comme un aveu désavoeu

Un ultime malentendu
Enfin à demi mots tu entrouvres
Je me glisse
Larmes... message tordu!
Ton adieu me déchire le coeur
Ma rage dans la piscine... je nage 80 longueurs

Ton mail inattendu le lendemain
C'est le Bonheur qui me revient

Gilly... un pré, des vaches et... deux arbres qui se confondent, dis-tu
Tu gares la moto... te reposes... Je cours, touche, respire, rayonne... où es-tu?

Dialogue. tu fuis, je te rattrape
Non. cette fois
Il faudra
Plus d'échappe
Emotions... tu avoues d'une relation entre toi et moi ton désir
Inspire, expire, je respires
Je me love dans tes bras
Ils se referment sur moi

Il m'en souvient. 16H 30 nous reprenons la route
3...2... non UN sans doute
Nos coeurs fusion battent à l'unisson....
D'un inespéré, espéré horizon
où toi, moi, toujours ... encore...
Oui... encore... toujours...
C."

Espère ....motard pour nouvelles balades

A MOTO,

La sensation vibration moto lui avait ouvert un transport vers la lumière.
Assise sur la selle passagère, les sens aux abois, elle se rappelait l'ivresse resssentie d'emblée : la caresse des rafales de vent sur son casque, en proie aux vertiges du charivari cacophonique de son être chair bercé par les notes sensuellement adrénalisantes des kilomètres parcourus.
Comme aspirée par l'infini des paysages l'absorbant toute, et la libérant des incertitudes du néant.... si loin d'un corps sarcophage, devenue comme une source pantelante de frissons inédits goûtant à l'éternité qui abolit le temps et l'espace. Se sentant planer, comme volant, virevoltant dans la transparence d'un air non vicié, ensoleillé.... parfumé d'iode ou de chlorophyle....
Elle s'était sentie évadée, délivée, liberée.... émerveillée... N'ayant qu'un désir : ENCORE !