L'idée de retourner à vlissingen par cette journée qui se profilait ensoleillée avait eu pour effet de la sortir du lit, l'humeur rieuse.
A 10 heures, comme pévu, un homme de haute taille et de corpulence maigre était venu la chercher en moto Honda Vandero 1000.
Lors de l'échange de mails qui avait précédé ce rendez-vous, il lui avait assuré que ce modèle de bécane offrait le plus grand confort et était particulièrement adapté pour les longs voyages. C'est donc sans à-priori qu'elle avait pris place, prenant appui sur les cale-pieds et enjambant la machine.
Le moteur en marche, elle n'avait pas ressenti le choc de départ et ni n'avait joui du plaisir de laisser son corps goûter aux délices de la première accélération; comme elle en avait l'habitude avec la R1, cette moto qu'elle préférait à toutes.
Ensuite tout au long de l'interminable parcours de 2 heures (alors qu'un R1 elle n'en avait jamais assez, restant constemment en état d'attente de plus de sensations.... ), elle s'était sentie gagnée par la lassitude d'une conduite sans surprises, d'une monotomie presque insupportable !
Assise droite comme un "I" rigidifié, se tenant aux poignées latérales et à la force des bras essayant d'éviter les contre-coups de toutes les imperfections du revêtement des routes, se répercutant au bas de son dos, elle avait vécu l'inconfort radical de cette position assise comme une agression supplémentaire.
Non, mais franchement... comment les concepteurs de moto pouvaient-ils prétendre au confort d'une telle position, en "marteau piqueur" manquant de piquant; ou bizarrement n'offrant que celui de lui piquer "le coccyx" qu'elle avait au fil des minutes de plus en plus douloureux.... Et qui par ailleurs, lui évitait de carrément et paradoxalement... s'ennuyer.
Quelle partie de DEPLAISIR !
C'est donc plus que soulagée, ne pouvant s'empêcher un "ouf" révélateur, que complétement courbaturée elle s'était extirpée de la Honda Varadero!
Vlissingen... dans toute sa splendeur estivale l'avait sortie de son découragement à l'idée du retour.... pour l'instant elle s'était laissée envoûter par l'enchantement naturel du bleu d'un ciel sans nuages, et l'azur d'une mer d'un calme olympien... Ils avaient marché les pieds dans l'eau, bercés par le clappotis langoureux de vaguelettes leur caressant les orteils; offrant l'ovale de leurs visages à la chaleur bienfaisante du Soleil.
Cependant, sa franchise à lui confier à quel point cette randonnée lui avait été pénible; elle l'avait senti, ne lui avait pas plu... Et d'abord, il n'avait pas voulu la croire; puisque tous les fabricants de motos et les passagères unanimement se plaisaient à vanter les nombreux avantages d'une "assise droite"...
Elle avait objecter son malaise, l'inconfort, les pics de douleurs... la monotomie.... Il était resté hermétique à ses arguments... puisque "seule ELLE; ressentait ainsi.... contre tous et toutes...".
Etait-elle cette exception qui confirme la règle?
Elle qui adorait la position "Grenouille assise sur un Crapaud"
Le retour, après quelques collations prises à la terrasse d'un établissement offrant vue sur mer, s'était déroulé dans le même climat d'inconfort, voire de douleur, malgré le pull qu'elle avait glissé sous ses fesses.
A son retour; presque honteusement et du bout des lèvres, elle avait remercié...
Car enfin elle n'était pas de nature masochiste... or là franchement elle avait vécu cet aller retour à moto comme un chemin de croix, un réel calvaire.
Elle s'interrogeait pleine de suspicions et doutes quant aux informations des concepteurs et testeurs de moto.
Puisque la concernant, elle n'avait connu que la grâce charismatique de randonnées en R1 (ou autres Bmw sportive, Gxr S... en selle surélevée!) assise en crapaud!
Cette position lui faisait vivre des sensations extra-sensorielles proches de l'extase.
Couchée derrière le pilote et fendant l'air telle une fusée en état aérien d'apesanteur; propulsée à grande vitesse vers un ailleurs proche du lâcher prise existentiel. Toute parcourue de grands frissons à chaque accélération ou freinage; ondulant serpentairement au gré des inclinaisons de la machine.
En proie, cuisses serrées à la force d'attraction et de propulsion de l'engin... elle se sentait enfin vivre la vraie vie, dans un laisser rouler proche de l'apophatisme; dont on ne peut rien dire, si ce n'est toujours en deça d'une quelconque subjectivité, mais qui s'impose en tant que "nescience" des profondeurs numineusement obscures....