Comme tous les week-ends, ils avaient arpentés les routes, évitant les endroits trop touristiques, empruntant nénamoins autoroutes, mais aussi chemins de traverse. Elle dès qu'assise sur la selle de la Bête, dans un état de détachement vital, passagère motarde funambule de l'entre-deux des limbes... autorisant ne fut-ce que momentanément l'oubli...
Celui du traumatisme ressenti des mois auparavant!
Tant d'Amour ainsi bafoué, la confiance trahie.
En quelques instants tout son être avait basculé de paradis .... en enfer, peu après son mariage.
Pendant 10 mois ils s'étaient entre-déchirés, essayant de sauver jusqu'à l'épuisement ce qui pour elle et malgré tous ses efforts, ne pouvait l'être.
Ils se seraient probablement mutuellement tués; alors elle l'avait quitté.
Seule, ne pouvant plus déverser sur lui sa colère, elle avait retourné l'agressivité contre sa seule personne, s'enfoncant chaque jour plus encore vers cet innomable de la souffrance, ce naufrage incessant, en situation d'extrême impuissance; n'ayant trop souvent que les larmes pour affirmer l'inexprimable de ce déluge la submergeant sans discontinuer.
Des mois......, en proie à un désarroi semblant sans issue.
Puis, soudainement, et contre toute attente, épuisée très probablement par le poids de la douleur s'éternisant, le pardon s'était imposé lorsque à bout de force, elle avait dû renoncer à toutes vélléités de combat, y compris contre ses propres démons intérieurs; et, cette haine qui la rongeait, la désernégitisant infiniment.
Elle avait touché le fond de ce qui semblait être sans fond ni fondement, s'étonnant après coup de n'y avoir pas laissé sa peau et le peu de raison qu'il lui restait.
Elle s'était progressivement libérée du resentiment envers l'homme qui l'avait offensée; avait malgré lui dévasté son existence, et déchiré son être.
Face à l'irréparable, sachant que la mal avait oeuvré au point de la tuer amoureusement et peut-être relationnellement; irrémédiablement blessée, renonçante, ayant lâché tout ce qu'il est possible pour continuer à vivre malgré tout..... par le plus grand des hasards, un homme l'avait transportée à moto.
Sursaut ultime, déclenchement!
L'intensité des émotions survenant en surabondance et comme par enchantement, de manière totalement inattendue, lors de la première randonnée sur la goldwing rouge, l'avaient comme revivifiée intensément, remettant en cause ses "non" priorités.
D'un coup, comme magnétisée, elle avait repris goût aux petites choses de l'existence, grâce aux balades à moto.
Dès qu'assise sur la selle, l'irruption violente de la foudre s'abattait sur elle. Des éclairs la parcourant toute, un courant électrique l'illuminait de la tête aux pieds; et, comme un filtre magique la ressourcait lui permettant de lâcher-prise; laissant agir à son insu, la grâce tout autre a(i)mante de l'engin la chavirant et fluidifiant subtilement de cette énergie rééquilibrante .
Dès lors, obssessionnellement et compulsivement, se retrouver en position de passagère à moto, était devenu une idée fixe, la forçant à vouloir vivre .... d'autres ballades encore et encore; comme une priorité absolue, s'imposant elle et l'obligeant à trouver des motards compatissants.
Mais plus que toutes les autres, elle aimait cette yamaha YZF-R1 de 2001!
Et ce week-end, pareillement, comme une bénédiction, elle avait joui du simple BONHEUR de la chevaucher, roulant joyeusement par les routes. Déjà 14.ooo km parcourus sur sa selle en 4 mois! De quoi créer des liens, une intimité!
Le dimanche soir, pour regagner la ville capitale dans laquelle elle habitait, elle avait revêtu une tenue imperméable, car la pluie s'était mise à tambouriner en fin de journée.
Vers 20h30, comme d'autres fois, il avait garé la "bête" sur le trottoir d'en face; ce qui lui permettait de jeter régulièrement un oeil au dehors, dans ce quartier où les agressions en tous genres sont fréquentes!
Moins d'un quart d'heure plus tard, sa fille était rentrée, s'inquiétant de le voir lui, mais pas la Yamaha!
"Où est la moto?" avait-elle demandé
Il avait sursauté abandonnant le sandwich qu'il savourait, pour se ruer horrifié à la fenêtre, constatant effectivement la disparition du véhicule.
Son sang n'avait fait qu'un tour, il avait bondi, se propulsant dans la rue à la recherche hypothétique de quelques traces laissées par les voleurs, déambulant dans les rues adjacentes en état de choc traumatique!
Elle avait déchanté, lorsqu'elle l'avait vu revenir bredouille, serinant incrédule : "c'est pas possible! c'est pas possible... pas en 5 minutes !".
Quelle catastrophe, une perte inestimable ! Plus qu'une moto, une complice.
dispensatrice de tant de plaisirs.... une bombe! BOUM!
La police, avertie avait juste constaté la disparition, laissant peu d'espoir de retrouver l'engin dans ce quartier des Maroles où les vols sont monnaie courante, voire anodins. Si chance de la recouvrer il y avait, elle ne dépassait pas les 2 % .
Et cependant, l'éventualité d'une perte définitive leur était insupportable.
Exceptionnellement elle l'avait hébergé pour la nuit.
Il n'avait pas d'autres moyens de locomotion.
Instinctivement, elle ne cessait d'appeler "intérieurement" "au secours!" comme un cri sourd et muet jaillissant de son coeur meurtri !
Ne recevant pas de nouvelles des forces de police, au 2ème jour, après ses heures de travail, elle avait sillonné son périmètre dialoguant avec les habitants, commerçants et jeunes du quartier; tentant un éveil des consciences et un appel à la solidarité, n'attendant rien mais espérant tout, y compris l'inespéré!
Il lui semblait parfois entendre la "bête"! Fermant les yeux, pour la faire momentanément revivre, ses rugissements -cette fois plaintifs- la happaient, comme autant d'appels. "Où es-tu ?" Elle espérait qu'on ne la maltraitait pas (car finir en pièces détachées destinées à la vente...), ou qu'un pilote non chevronné la martyrisait, brutalisait... ". Reviens" pensait-elle frissonnante du désir d'elle.
Jusqu'à ce coup de fil ... 3 jours après le vol... où il l'informait que suite à un appel téléphonique anonyme, les flics avaient retrouvé la moto depuis peu abandonnée dans l'entrée d'un immeuble proche.
Elle se souvient de l'onde de Bonheur qui l'avait alors envahie !
Ses dialogues avaient-ils germés comme autant de semences portant leurs fruits? Sa silencieuse prière avait trouvé un écho? ... puisque la Bête leur était revenue...
Elle qui lui permettait lors de lâcher prise, d'oublier.... "oublier qu'on oublie pas"!
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