Transport vers la LUMIERE

Plaqués l'un à l'autre, penchés vers l'avant et fendant l'air, plutôt frisquet en ce jour d'avant Noël, réunis par une passion commune, c'est vibrant à l'unisson sur l'engin MOTO qu'ils avaient rejoint la Zélande.
En cette période de l'année, peu de motards s'aventuraient sur les routes. Elle le savait et c'est donc avec reconnaissance pour ce motard "tête brûlée" qu'elle se laissait pour l'heure, entraîner en quête d'horizons neufs et insoupçonnés!
Elle venait de terminer la lecture du "Testament de l'Ange" de G. Mallaz. Il suffisait donc de DEMANDER, y compris l'impossible, pour recevoir...
Cette audace, elle en avait épuisé toutes les facettes. Et finalement la puissance de sa voix intérieure profonde exprimant son ultime désir, n'aboutissait qu'au néant, un vide la réduisant à l'impuissance avec pour seule consolation la possibilité du renoncement.
Elle revendiquait le droit à l'imperfection. Mais, renoncer pour une personne dotée d'un "surmoi" féroce et vorace, comme le sien, relevait de l'épreuve de force. Et souvent elle épuisait son énergie pour lutter contre la "des...épérance".
Alors pour lâcher-prise; comme d'autres prient, méditent, achètent, boivent ou se droguent... elle, dans un laisser aller - rouler, se laissait emmener; proche du dénument psychosomatique total, vers un détachement qui par vagues successives la dépossédait toute; anéantissant toutes perceptions des sens. Alors que paradoxalement de ce Rien, surgissait le Tout. Cette extrême étincelle qui étrangement incendiait son non-être !
Elle s'était progresivement habituée, au cours des dernières balades avec cet "as" de la conduite sportive, à sa manière "sauvage" de piloter. Elle pouvait presque maintenant anticiper ses réactions avant leurs surgissements.
C'est donc sans peur qu'elle lui confiait "sa vie", confiante et sans appréhension de la mort. Jouant avec l'une pour mieux sacraliser l'autre, dans un mouvement de balancier magnifiant l'éphémère pour lui donner un goût d'éternité.
....
Ils avaient garé la Yamaha R1, au bas d'un large escalier qui menait directement à la Mer.
Elle affectionnait Vlissingen. Son joli port, ses rues piètonnières, sa digue, ses longues plages de sable fin, et son avancée sur la mer; là où le vent venait murmurer ou hurler son chant au travers de buses pour les mêler à la turbulence de l'océan se confondant à l'horizon avec l'immensité du ciel.
La marée basse lui avait permis de s'assoir sur le sol gondronné au plus près de l'eau venant battre la chamade contre le bord de cette estacade; laissant entendre dans ce va-et-vient, une douce mélodie, qui faisait chavirer son coeur.
Au loin et comme inaccessible, une grosse boule jaune orangée trônait parmi des voiles ouatés. Astre irradiant sa lumière, malgré la toile de fins nuages bleutés; dans les airs et à la surface onduleuse de la mer; la réflétant comme un joli miroir.
Comme hypnotisée par tant de beauté ainsi déployée devant ses yeux incrédulement émerveillés, elle s'était dans l'oubli du temps, engourdie assistant tétanisée -y compris par le froid ambiant - à un superbe et surprenant coucher de soleil.
C'est presque à regret, mais le bout des doigts complètement endoloris et surprise par cette soudaine obscurité, qu'elle s'était relevée pour rejoindre la digue toute proche.
Pour se réchauffer, peu de temps après, ils avaient bu des tasses de café dans une taverne chaudement décorée de nombreuses guirlandes clignotantes, de petits pots de sapins nains ornés de boules multicolores, de bougies dorées à la flamme de laquelle elle avait rapproché ses 2 mains rouges toutes gelées. Là assis en silence, elle s'était un peu réchauffée et avait accumulé de l'énergie avant de retrouver la selle de la moto.
Vers 19 Heures, il avait repris la route -direction Anvers-.
Une autre surprise l'attendait. Vibrante de sensations motardes, les sens exacerbés, levant les yeux au travers du casque vers le noir des cieux, elle s'était sentie illuminée par la toute blanche et pure luminosité de cette pleine lune, qui s'offrait à les guider comme leur ouvrant une voie de clarté et d'éclat. Toute cette lumière, comme une lyre, se déployait en elle pour la transporter plus encore.... vers un ailleurs sans nom ni consistance.
Tant de splendeur ... c'en était trop... Perdant tout contrôle, elle n'avait pas pu retenir les larmes qui avaient coulé de ses yeux se répendant sur un visage, qu'à cette vitesse et au travers de la visière; elle n'avait pu essuyer.
... Par cette expérience de l'éphémère, elle avait goûté à l'Eternité! Ne fut-ce qu'un court moment.
Cela avait-il un sens?

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