Un Homme, la cinquantaine était venu la chercher à son domicile, en ducati rouge, couleur qu'elle affectionnait plus qu'aucune autre car évoquant la passion. Celle qu'elle désespérait de partager un jour avec un alter Ego.
Assise en crapau, position lovante qu'elle préférait, ils avaient rejoint le reste de la bande de motards, empruntant les boulevards de la capitale.
Après quelques mots échangés, elle avait changé de partenaire et de moto. C'est sur la selle d'une BMW, que la balade s'était prolongée dans les Ardennes.
Sillonant les petites routes, il lui arrivait de relever la visière de son casque pour humer la senteur des sapins exponentialisée par l'humidité de l'air, mêlée à celle des feuilles automnales tombées au sol et recouvrant l'asphalte d'un tapis brunâtre et particulièrement glissant. Ses yeux avalant l'irradiance des fragiles rayons de soleil se déversant dans les champs fauchés, se profilant sur les murs des bâtisses, ou sur les clochers des nombreuses églises dépassées. Son âme planant rêveusement comme les oiseaux qu'elle observait admirativement; volant gracieusement, les ailes dépoyées dans les cieux en de grands battements silencieux.
A certains endroits la chaussée était bosselée ou trouée, ce qui demandait au conducteur doigté et vigilance. Plus que tout elle appréciait la vitesse, les accélérations brusques, et le sentiment de liberté qu'ils lui amenait dans le corps, qui était comme aspiré à partir de la chute des reins faisant vibrer ses sens en déroute. Tout doute semblait dissipé, tant elle se vivait dans un ailleurs ascentionnel non conventionnel, en proie aux frissons de la déraison.
Envahie de bien-être, coeur et corps intimement mêlés dans un apaisement passager, chevauchant à l'unisson d'une ivresse abstinente, d'une beuverie sans alcool, anatomiquement hâpée et les pensées vagabondant dans une euphorie aperceptive.... elle ne s'était rendue compte de rien... absolument ... elle n'avait pas ressenti le choc ou l'effroi de l'accident.
Etonnée, elle s'était vue allongée sur le sol, se demandant si c'était bien son être chair qui gisait là tout à coté de la moto renversée!
Oui... cela lui avait été confirmé par le secours apporté par les autres motards, et d'abord son compagnon de route, venu s'inquièter et lui tendant le bras pour l'aider à se relever, des yeux la questionnant.
Elle avait constaté la souillure de son jean's, les erraflures dans sa veste de cuir motarde renforcée... tandis que lui avait comptabilisé les dégâts sur le bolide à deux roues...
Les valises leur avaient probablement évité le pire.... à moins qu'un ange "gardien" les ait protégé d'un désastre imminent et sanglant, ou ... que la mort ait décrété que l'heure du trépas n'était pas à l'ordre du jour.
Qui sait ? Elle, au moins, était consciente que pour l'essentiel, elle était dans la docte ignorance, et encore; pas celle des sages.
Ils avaient ensuite repris la route sans appréhension ni crainte.... A nouveau elle s'était laissée emmener par monts et vaux le coeur léger, ressentant seulement de ci de là, une douleur à la jambe.
Ce n'est que rentrée chez elle, qu'elle avait en ôtant son pantalon, constaté que de la hanche au genou la surface de sa peau était bleue, et qu'à l'encoignure de ce dernier, elle avait abondamment saigné.
Nostalgiquement, elle s'était rappelée comme son mari défunt, l'avait amoureusement, lors d'un déménagement, appelée "ma stroumphette"!
Depuis, et malgré cet incident de parcours, elle espérait encore d'autres balades à moto.
Car cet accident n'avait en rien entamé le Désir ...qu'elle avait de se retrouver les sens en déroute, sur la selle d'une moto, parcourant les routes....
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